Le secteur de la presse est confronté à d’énormes difficultés ; des difficultés d’ordre économique, social et professionnel liées particulièrement à une absence d’application effective de textes juridiques et réglementaires adaptés. Cette situation a créé un grand flou dans le secteur.

L’identité de l’organe de presse est devenue confuse avec la multiplication des supports dans un contexte marqué par le développement de la diffusion numérique. On ne sait plus qui est journaliste ou technicien des médias et qui ne l’est pas. N’importe qui peut se prévaloir de ces qualités et émettre des contenus. De nombreux manquements aux principes de base de la profession sont régulièrement relevés avec de graves dérives portant souvent atteinte à la vie privée et à l’honorabilité des personnes. De plus en plus, le public devient méfiant vis-à-vis des médias. Le contenu médiatique qui était considéré comme message indiscutable, a perdu un pan important de sa crédibilité.

Ainsi, malgré le rôle important qu’elle joue dans l’éveil des conscience et sa large contribution à la construction des sociétés modernes, à la consolidation et à la promotion de la démocratie, si la presse n’est pas professionnelle et adossée sur des valeurs, détruire des vies, disloquer des foyers, entrainer des communautés dans des crises profondes et dramatiques. Au Sénégal, comme ailleurs dans le monde, beaucoup de personnes en pâtissent. C’est dans ce contexte difficile pour la presse sénégalaise que le Code de la presse a été élaboré avant d’être adopté en 2017. L’objectif est d’assainir le secteur, le renforcer et l’adapter à l’évolution technologique. Cette mutation doit passer par la mise en place d’un fonds d’appui et de développement de la presse pour le secteur privé mais également du financement et de la restructuration des médias publics, de la transition vers le numérique avec TDS (Télédiffusion du Sénégal), et d’une nouvelle loi sur la publicité.

 

Le Code de la presse encourage également la formation, le renforcement des instances d’autorégulation(CORED) et de régulation, et fixe, pour la première fois, les conditions de création d’une entreprise de presse en ligne et les obligations. Désormais, on parlera d’entreprise de presse en lieu et place d’organe de presse, ceci pour encourager la viabilité économique. Parmi ces mécanismes, nous retiendrons également la Commission de la carte nationale de presse qui fait office de Commission de validation des acquis de l’expérience. Elle est mise en place par arrêté ministériel et est composée de huit membres titulaires et leurs suppléants.

Les quatre (4)membres titulaires sont des journalistes et des techniciens des médias nommés sur proposition des associations de presse, notamment le CORED (Conseil d’Observation des Règles d’Éthique et de Déontologie), le SYNPICS (syndicat des travailleurs), APPEL pour la presse en ligne, et le CDEPS représentant le patronat. Les quatre (4) autres viennent des institutions, notamment les ministères chargés respectivement de la Justice, du Travail et de la Communication et l’organe de régulation (CNRA).

Avec l’instauration de la carte nationale de presse, seuls les détenteurs de ce document peuvent désormais se prévaloir de la qualité de journaliste ou de technicien des médias. Pour se prévaloir de la qualité de journaliste ou de technicien et disposer de la carte nationale de presse, il faut nécessairement être titulaire d’un diplôme d’école de formation professionnelle reconnue par l’Etat. Ceux qui exercent déjà la profession dans une rédaction et ne disposant pas de ce diplôme, deux cas de figure s’offrent à eux pour avoir le statut de journaliste. Il faut soit être titulaire d’un diplôme de licence ou équivalent, suivi d’une pratique professionnelle de deux ans dans la collecte, le traitement et la diffusion de l’information au sein d’une entreprise de presse, sanctionnée par la commission de validation des acquis de l’expérience. 

 

Pour ceux qui ne détiennent pas le diplôme de licence et ne remplissant pas les critères retenus pour avoir la qualité de journaliste ou de technicien des médias, ils peuvent aussi passer devant la commission, s’ils justifient d’une expérience d’au-moins dix ans dans la collecte, le traitement et la diffusion de l’information au sein d’une entreprise de presse.

En dehors de l’identification des professionnels, la nouvelle carte sera exigée pour prouver sa qualité de journaliste ou de technicien des médias à l'occasion de l'établissement de tout acte administratif.  Elle sera aussi demandée si le journaliste ou technicien veut bénéficier des dispositions prises par les autorités étatiques en faveur de la presse.

 

Conformément au Code, la carte professionnelle nationale donne également à son titulaire un accès libre à tous les lieux et espaces d’événement ou de manifestation publique, où il est censé effectuer son travail de journaliste ou de technicien.  Celui qui ne détient pas la carte court le risque, en cas de dérive, de ne pas pouvoir profiter de la protection que la législation  garantit aux professionnels de la presse.

LE MINISTRE